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Comment se comprendre avec un Québécois, ou une Québécoise…

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On en voit de toutes les couleurs ici, à l’écovillage La Cité Écologique de Ham-Nord, au Québec. Notre programme de stage international en agriculture biologique attire beaucoup de beaux jeunes gens d’un peu partout, mais surtout, on ne sait pas pourquoi, surtout des Français.

Ils quittent massivement le vieux continent pour venir visiter leurs lointains cousins du Canada. Espèrent-ils revenir à la maison, gonflés d’orgueil, comme frais sortis d’un diner de con ? On ne sait pas. En tout cas, ils retournent chez eux la rate bien dilatée parce qu’on se bidonne à souhait, tous ensemble. C’est marrant, je vous jure.

Tout d’abord, dès leur arrivée, les stagiaires sont accueillis dans la grande Maison des Jeunes. Ils y font la rencontre de Nébesna, la jeune et jolie responsable des stages. Celle-ci leur fait visiter l’immense domaine, puis les ramène derechef dans la grande salle de la MDJ où nous allons diner tous ensemble.

Ici, quand on parle du diner, il s’agit du lunch — premier repère culturel important à identifier.

Ensuite, quand on dit «tous ensemble», en plus d’être un pléonasme, ça signifie qu’une centaine de joyeux individus de tous âges sont présents, les regardent d’un air amusé et vont se présenter à tour de rôle dans les jours qui suivront. Ça inclut des enfants enthousiastes et joyeusement racoleurs.

Alors là, voici ce qu’il faudra savoir lorsque vous entendrez certains mots ou certaines expressions :

«Fa-que» :
proviens des mots «cela fait que» et l’expression s’utilise généralement à la place de «alors». Elle peut être facilement suivie de points de suspension, puisqu’elle indique une vague relation entre deux idées.

Exemple :

«Fa-que… On-y vâ tsu ?»
Attention :
On ne doit pas faire de liaison entre «on et y»
Notez l’accent circonflexe sur le â. Cela signifie qu’on doit le prononcer comme un a très fermé, c’est-à-dire presque comme le son «o», comme dans les mots «porte» ou «or».
Notez également le petit son «s » au milieu du mot «tu», typique de la langue québécoise.
Et ça signifie : «Alors, on y va ?»

Voici un autre marqueur de relations, un peu flou, mais très utilisé : «Bain lâ…». L’expression provient des mots «Bien là», mais ne sert pas du tout à démontrer un quelconque emplacement. Elle exprime plutôt une forme d’étonnement, une contrariété. Elle informe l’interlocuteur que ce qu’il vient de dire nous paraît irrationnel, exagéré, ou carrément hors de propos.

Exemple :

«Bain lâ… pâ rapport !»
Et ça signifie : «Tu te fous de ma gueule ?»

Vous voudrez sans doute éviter la confrontation, mais il serait opportun de remplacer : «Je pige pas, là…» par : «Qué-cé tsu veu dzire ?»

M’enfin, c’est pour vous…

Si jamais vous arriviez au jardin avec un outil inapproprié, vous pourriez entendre :
«Quesse tsu fa-èk ça ?» qui est littéralement : «Qu’est ce que tu fais avec ça ?»

On voudra vous montrer comment faire et on dira : «tchèque bain» qui veut dire : «regarde bien».

Et vous irez surement d’un beau «Alors là !» béa d’admiration. Ce sera un moment intense de communion interculturelle. Votre interlocuteur québécois, tout en opinant devant votre air admiratif, vous couvrira d’un regard émouvant et vous dira, du fond du cœur : «Mèzan !»

C’est là-dessus qu’on se laisse pour aujourd’hui. J’ai de l’eau d’érable sur le feu.

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